Budget de l'enseignement agricole ou "l'histoire du jardinier et de l'élagueur par Louis de Lansalut / Présence N°202 / Novembre-Décembre 2010   Il était une fois un jardinier qui travaillait beaucoup. Comme chaque soir, fourbu, il s’endormit. Dans un rêve profond, il croisa le chemind’un élagueur. - Moi, dit le jardinier, je plante, je sème, je forme, je taille, je multiplie,j’entretiens et je nourris. - Moi, répondit l’élagueur je tranche, je coupe, j’émonde. - Mon ami, s’exclama le jardinier, quelle curieuse manière as-tu de traiter cette belle nature ! Depuis un long moment que je t’observe, je vois bien que tu rabats tous ces végétaux assez durement.br

titre de la fenêtre 

Budget de l'enseignement agricole ou "l'histoire du jardinier et de l'élagueur par Louis de Lansalut / Présence N°202 / Novembre-Décembre 2010

Modifié le : 22/12/2010

 

Il était une fois un jardinier qui travaillait beaucoup. Comme chaque soir, fourbu, il s’endormit. Dans un rêve profond, il croisa le chemind’un élagueur.
- Moi, dit le jardinier, je plante, je sème, je forme, je taille, je multiplie,j’entretiens et je nourris.
- Moi, répondit l’élagueur je tranche, je coupe, j’émonde.
- Mon ami, s’exclama le jardinier, quelle curieuse manière as-tu de traiter cette belle nature ! Depuis un long moment que je t’observe, je vois bien que tu rabats tous ces végétaux assez durement.
- C’est décidé ainsi et j’ai des consignes, répondit l’élagueur, je dois tout réduire de deux mètres.
- Mais il ne faut pas, ils sont tous différents et ne peuvent être traités de la même manière.
- Certains prennent trop d’importance, épuisent les sols, et quelques-uns ne servent à rien. Et les entretenir coûte trop cher.
- Mais non, réagit le jardinier, écoute-moi. Élaguer ce grand chêne est une bonne chose, mais pas ces arbustes qui auront vraiment du mal, même s’ils survivront.
- Et bien tu vois, j’ai donc raison.
- Mais non. As-tu pensé à ces arbustes qui abritent les jeunes pousses. S’ils disparaissent ou sont trop dégarnis, ils ne les protègeront plus. Et ces bruyères que le soleil brûlera, et ces mousses qui ne pourront plus retenir la rosée, et ces algues et champignons qui travaillent dur ensemble pour faire de beaux lichens ?
- Mais les arbustes sont assez nombreux, et les bruyères, les mousses et les lichens, ça n’a pas vraiment d’utilité.
- Et toutes ces jeunes pousses, comment veux-tu les réduire de deux mètres ?
- Eh bien, si tu ne demandes rien de plus, je veux bien m’en tenir à un mètre cinquante.
- Mais... !
- De toute façon, il nous faut une nature rationnelle, des forêts bien fortes, bien alignées et rentables.
- Et quand les mousses auront disparu, que deviendront ces insectes qui aèrent et nourrissent le sol en transformant ce qui tombe du grand chêne ?
- Je ne sais pas, mais je dois élaguer
- Mais tous ces lichens, ces mousses, ces arbustes et ces jeunes pousses, c’est la vie, c’est notre vie !
- Peut-être, mais je dois trancher.

La conversation continuait dans le secret du rêve, quand tout à coup de grands cris déchirèrent le calme de la forêt. Le rêve se serait-il transformé en réalité ? Tout aurait changé ? Il n’y aurait plus de forêts mais des établissements, il n’y aurait plus d’arbustes mais des éducateurs et des enseignants, il n’y aurait plus de jeunes pousses mais des élèves, il n’y aurait plus de jardiniers mais des chefs d’établissement... qui auraient croisé un élagueur ! Heureusement, ce n’était qu’un rêve. Sinon, que
pensez-vous qu’il arriverait ?